Jean Giono, Provence

L’histoire de Rougon illustre celle d’un peuple installé dans le Moyen Verdon plusieurs millénaires avant J.C. . Ils virent arriver les Celtes au IVe  avant J.C. , les italiotes et ibères avec lesquels ils firent du Verdon un des territoires les plus peuplés, créant une des civilisations les plus prospères de la période antérieure à la conquête romaine. Cette civilisation, conditionnée par le cloisonnement du relief, était organisée en tribus, chacune occupant un territoire bien défini, une vallée ou une montagne.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce sont les agriculteurs qui façonnèrent les versants de La Palud, Châteauneuf et Rougon. Vivant de la culture de céréales (orge, blé dur, seigle) en ‘restanques’, mais aussi de l’élevage ovin et caprin, ces montagnards aménagèrent tous les versants ensoleillés, les habitations étant adossées aux murets des restanques.

Vestiges de cultures en restanques: plateau de Suech

Sur les sommets dominant et avoisinant l’ensemble des terres, les ‘ligures’ fixaient leurs ‘oppida’ : cités rudimentaires formées de cercles concentriques de pierres sèches. C’est ainsi que les tribus installées sur le secteur géographique englobant Rougon et La Palud, qui vivaient dans des grottes ou des cabanes trouvaient refuge dans ‘l’oppidum de Rougon’, site élevé à 1100m, situé sur la commune actuelle de La Palud : le Fournas (mauvais four).

Le Fournas: emplacement de l’ancien oppidum de Rougon

Après des millénaires d’une telle activité, les paysages de montagne ont été entièrement modelés par l’homme : la forêt a laissé place à des pâturages puis à des landes de buis et de genêts ; les incendies volontaires ont tellement dégradé le sol que seule une végétation rustique y subsiste (thym, lavande) quand la roche elle – même n’affleure pas.

 

La venue des marchands grecs puis la conquête romaine ont eu peu d’influence sur la vie traditionnelle de ce peuple d’agriculteurs/éleveurs peu enclin à faire du négoce.

Suite à la chute de l’empire romain (Ve - VIe siècle), l’Eglise, se substituant à lui, adoptera les cadres de son administration. En 114, le pape Pascal II précisera la limite entre les diocèses de Riez et de Senez qui passera par l’oppidum de Rougon soit par le Fournas actuel sur la rive droite du Baou. La province connaîtra plusieurs dominations barbares, avant d’être soumise aux Mérovingiens en 536.

Du Xe au XIIe siècle, Rougon sera alternativement le domaine des moines puis des seigneurs. La présence des moines de Saint Victor (Marseille) débute vers 800 et dure jusqu’en 1150. On leur doit la cartographie et les textes descriptifs de toutes les propriétés de la région : c’est ainsi que nous avons les premiers textes précis concernant la vie des verdoniens.

Ils partagent le territoire en petites structures : le domaine de Rougon (Villa Rovagonis) allait ainsi des Gorges jusqu’à la chaîne des Mourres en englobant les territoires de Châteauneuf, La Palud (qui n’existait pas encore) et de l’actuel Rougon.

L’oppidum de Rougon servait toujours de repère central et de place forte à la population.

A l’approche de l’an 1000, on assiste à une période de pillages et de grande terreur. C’est à cette époque que sera construit le premier château de Rougon, probablement sur la barre dite des ‘Catalans’ (nom qui perpétue l’occupation de la fortification constituée d’une triple enceinte semi – circulaire en 1188 par un sujet du roi d’Aragon) . Le Fournas (oppidum de Rougon le Vieux) perdra peu à peu son rôle dominant et naîtront les 3 villages : Rougon, La Palud et Châteauneuf. D’un pôle unique, la population va essaimer sur trois sites dans trois directions opposées au foyer originel : nous sommes en 1143.

Vers 1200, le château fut reconstruit sous forme d’un château à trois tours sur le piton rocheux , ainsi le village perché de Rougon aurait pour origine ce château autour duquel les populations rurales se rassemblent de gré ou de force.

 

La vie socio-économique de cette époque est très soumise à la petite féodalité campagnarde et centrée sur le château.

Au XIVe siècle, un certain nombre des seigneurs de Rougon ont laissé le souvenir de gens belliqueux, disputant à la Palud la possession des moulins du Baou, s’emparant des terres sur la rive gauche du Verdon appartenant à trigance et s’attaquant aux seigneurs de Châteauneuf, qui, pour s’en défendre auraient construit une épaisse muraille percée de meurtrières dont on voit encore les vestiges devant la grotte N.D. qui domine le Baou.

Au XVe et mi- XVIe, c’est l’ère des seigneurs de Glandevés. En 1480, éclate une guerre civile, l’armée levée pour Louis XI écrase les seigneurs provençaux rebelles : c’est ainsi qu’en 1481, Rougon sera rattaché à la France.

Rougon devient alors fief de la famille Brun de Castellane. Préférant vivre à Manosque, les seigneurs feront construire mi XVIe, une belle demeure pour venir parfois résider au cœur du village de Rougon. La famille est de confession réformée, les guerres de religion (1559 – 1596) épargneront toutefois les seigneurs.

 

Rougon sera vendu en 1732 à l’abbaye de Lérins et restera propriété de l’Eglise jusqu’en 1789.

Châteauneuf : vestiges de la muraille.

Source :

« Histoire des Gorges du Verdon jusqu’à la Révolution »

de Jacques CRU     (Edisud 2001)

Remerciements à Jean G. pour son aide et sa participation.

 © Textes Mariani Nadine

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